lundi 7 septembre 2026

Rentrée scolaire et mécanisation

Mardi dernier, on était le 1er septembre.

Mardi dernier, c'était la rentrée scolaire.

On a l’habitude, depuis quelques années, que la rentrée scolaire soit dès début septembre, mais quand j’étais enfant et que j’usais mes jeans sur les bancs de l’école primaire, elle se déroulait plutôt aux alentours du 15 septembre.

Les premières « grandes vacances » datent de la première partie du XIXe siècle. Elles ont été instaurées d’après Claude Lelièvre, historien de l’éducation, pour les enfants d’aristocrates et de bourgeois qui fréquentaient collèges et lycées et devaient rejoindre leur famille en villégiature à l’été.

Mais cela concerne le secondaire et pas le primaire où va la majorité des petits Français.

Pour ce dernier, en 1834, le ministre de l’instruction publique, François Guizot, limite les grandes vacances à 6 semaines et laisse leurs dates à l’appréciation des comités d’arrondissement.

Qu’est-ce un comité d’arrondissement ? Un petit groupe de notables locaux (souvent le sous-préfet et quelques conseillers) qui s’occupait des affaires courantes de leur territoire dont les routes et donc l’éducation scolaire. Ce sont ces notables locaux qui décidaient donc, en fonction des besoins de leur territoire, des dates des vacances scolaires.

Dans les faits, beaucoup d’enfants ne vont pas en cours en dehors des vacances scolaires, car ils travaillent dans les champs. À l’époque, on manquait de bras pour les moissons et l’éducation des enfants restait secondaire. À quoi bon savoir compter, lire, quand sa survie dépend du rendement des cultures ?

Le gouvernement a bien cherché à légiférer pour imposer les cours aux gamins, mais devant l’absolue nécessité de leur présence dans les champs, il a dû se résoudre à créer des exceptions. Il fallait bien nourrir le pays.

Ce n’est qu’en 1938, avec l’instauration des congés payés sous le Front populaire deux ans plus tôt, que les dates des vacances scolaires du primaire et du secondaire seront alignées pour permettre aux enfants et aux parents de partir en vacances ensemble. Les congés payés débutant souvent le 14 juillet, les grandes vacances sont donc instituées entre le 14 juillet et le 30 septembre.

Dans les années 1950, la mécanisation de l’agriculture aidant, les enfants sont moins nécessaires aux travaux des champs et de plus en plus de familles, aidées par l’essor économique de l’époque, partent en vacances dès le 1er juillet, sans attendre la fin des moissons. Les autorités créent des dérogations pour permettre aux enfants de sécher les cours. En 1959, la date de début des vacances scolaires est fixée au 1er juillet et la rentrée s’effectue à la mi-septembre.

Dans les années 1980, l’agriculture n’est plus l’activité principale et on décide de raccourcir les vacances d’été. La rentrée scolaire est alors fixée au début septembre.

On le voit, les dates des vacances scolaires ont été édictées par l’évolution de la société d’un modèle agricole à un modèle industrialisé bien davantage que par des décisions politiques. Les dirigeants français se sont contentés de suivre le mouvement, tout en tâchant de faire croire qu’ils étaient les moteurs du changement.

Et je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec notre époque.

Le développement d’Internet, l’arrivée des réseaux sociaux et maintenant de l’IA sont en train de bouleverser notre société.

Nos gouvernants essayent bien de légiférer pour mettre en place des garde-fous sur l’utilisation des réseaux sociaux, notamment pour les jeunes, de contrôler les interactions avec les IA mais, comme pour l’éducation nationale, ils n’ont pas vraiment la main sur les changements que nous sommes en train de vivre. Ils se contentent bien souvent d’acter ce qui est déjà dans les mœurs.

Car tout comme les agriculteurs ont décidé à leur époque de ne pas envoyer leurs enfants à l’école, malgré la loi, parce qu’ils avaient un besoin crucial de leurs petites mains dans les champs, aujourd’hui, une grande majorité d’entre nous consomment des tokens IA, racontent leur vie sur les réseaux sociaux et s’insurgent contre tout contrôle que pourrait essayer de mettre en place l’État, parce que les réseaux sociaux sont primordiaux pour le commerce, parce que les IA sont essentielles pour le développement technologique des entreprises.

Chacun d’entre nous a ses raisons d’utiliser les réseaux sociaux ou l’IA. Chacun d’entre nous nous construit, par ses actions, un petit bout du monde de demain.

Les gouvernements auront beau essayer de contrôler, le peuple, nous, sera le véritable décisionnaire dans l’utilisation de ces nouvelles technologiques qui modifient notre monde en profondeur.

Alors ? Que déciderons-nous, collectivement, de faire de notre monde ?

Un ensemble de clans où règnent la haine, l’égoïsme et le chacun pour soi, ou une communauté unie, accueillante, où chacun pourra se sentir libre d’être ce qu’il veut ?

La balle est dans notre camp.

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