Mardi dernier, on était le 1er septembre.
Mardi dernier, c'était la rentrée scolaire.
On a l’habitude, depuis quelques années, que la rentrée
scolaire soit dès début septembre, mais quand j’étais enfant et que j’usais mes
jeans sur les bancs de l’école primaire, elle se déroulait plutôt aux alentours
du 15 septembre.
Les premières « grandes vacances » datent de la
première partie du XIXe siècle. Elles ont été instaurées d’après
Claude Lelièvre, historien de l’éducation, pour les enfants d’aristocrates et
de bourgeois qui fréquentaient collèges et lycées et devaient rejoindre leur
famille en villégiature à l’été.
Mais cela concerne le secondaire et pas le primaire où va la
majorité des petits Français.
Pour ce dernier, en 1834, le ministre de l’instruction
publique, François Guizot, limite les grandes vacances à 6 semaines et laisse leurs
dates à l’appréciation des comités d’arrondissement.
Qu’est-ce un comité d’arrondissement ? Un petit groupe
de notables locaux (souvent le sous-préfet et quelques conseillers) qui
s’occupait des affaires courantes de leur territoire dont les routes et donc
l’éducation scolaire. Ce sont ces notables locaux qui décidaient donc, en
fonction des besoins de leur territoire, des dates des vacances scolaires.
Dans les faits, beaucoup d’enfants ne vont pas en cours en
dehors des vacances scolaires, car ils travaillent dans les champs. À l’époque,
on manquait de bras pour les moissons et l’éducation des enfants restait
secondaire. À quoi bon savoir compter, lire, quand sa survie dépend du
rendement des cultures ?
Le gouvernement a bien cherché à légiférer pour imposer les
cours aux gamins, mais devant l’absolue nécessité de leur présence dans les
champs, il a dû se résoudre à créer des exceptions. Il fallait bien nourrir le
pays.
Ce n’est qu’en 1938, avec l’instauration des congés payés
sous le Front populaire deux ans plus tôt, que les dates des vacances scolaires
du primaire et du secondaire seront alignées pour permettre aux enfants et aux
parents de partir en vacances ensemble. Les congés payés débutant souvent le 14
juillet, les grandes vacances sont donc instituées entre le 14 juillet et le 30
septembre.
Dans les années 1950, la mécanisation de l’agriculture
aidant, les enfants sont moins nécessaires aux travaux des champs et de plus en
plus de familles, aidées par l’essor économique de l’époque, partent en
vacances dès le 1er juillet, sans attendre la fin des moissons. Les
autorités créent des dérogations pour permettre aux enfants de sécher les
cours. En 1959, la date de début des vacances scolaires est fixée au 1er
juillet et la rentrée s’effectue à la mi-septembre.
Dans les années 1980, l’agriculture n’est plus l’activité
principale et on décide de raccourcir les vacances d’été. La rentrée scolaire
est alors fixée au début septembre.
On le voit, les dates des vacances scolaires ont été
édictées par l’évolution de la société d’un modèle agricole à un modèle
industrialisé bien davantage que par des décisions politiques. Les dirigeants
français se sont contentés de suivre le mouvement, tout en tâchant de faire
croire qu’ils étaient les moteurs du changement.
Et je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec notre
époque.
Le développement d’Internet, l’arrivée des réseaux sociaux
et maintenant de l’IA sont en train de bouleverser notre société.
Nos gouvernants essayent bien de légiférer pour mettre en
place des garde-fous sur l’utilisation des réseaux sociaux, notamment pour les
jeunes, de contrôler les interactions avec les IA mais, comme pour l’éducation
nationale, ils n’ont pas vraiment la main sur les changements que nous sommes
en train de vivre. Ils se contentent bien souvent d’acter ce qui est déjà dans
les mœurs.
Car tout comme les agriculteurs ont décidé à leur époque de
ne pas envoyer leurs enfants à l’école, malgré la loi, parce qu’ils avaient un
besoin crucial de leurs petites mains dans les champs, aujourd’hui, une grande
majorité d’entre nous consomment des tokens IA, racontent leur vie sur les réseaux
sociaux et s’insurgent contre tout contrôle que pourrait essayer de mettre en
place l’État, parce que les réseaux sociaux sont primordiaux pour le commerce,
parce que les IA sont essentielles pour le développement technologique des
entreprises.
Chacun d’entre nous a ses raisons d’utiliser les réseaux
sociaux ou l’IA. Chacun d’entre nous nous construit, par ses actions, un petit bout
du monde de demain.
Les gouvernements auront beau essayer de contrôler, le
peuple, nous, sera le véritable décisionnaire dans l’utilisation de ces nouvelles
technologiques qui modifient notre monde en profondeur.
Alors ? Que déciderons-nous, collectivement, de faire
de notre monde ?
Un ensemble de clans où règnent la haine, l’égoïsme et le
chacun pour soi, ou une communauté unie, accueillante, où chacun pourra se
sentir libre d’être ce qu’il veut ?
La balle est dans notre camp.
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